Les plages de Sardaigne : quand le rêve et la réalité ne font qu’un…
On mesure facilement la réputation touristique d’une île à l’attractivité de ses plages.
Et sur ce baromètre de la tentation, la Sardaigne n’a rien à envier aux Caraïbes, Maldives, Seychelles et autres destinations de rêve…
Sommaire
Pourquoi tant de si belles plages en Sardaigne?
Criques, falaises, dunes, grottes marines, îles sauvages, piscines naturelles : la Sardaigne offre une diversité de paysages côtiers de toute beauté dont les plages sont le dénominateur commun. Avec des eaux cristallines, un sable fin et souvent d’un blanc immaculé, une végétation très proche (maquis, pelouses, pinède), le tout dans une association de couleurs sublimées par le soleil, ces plages de rêve sont des oasis de calme et de tranquillité.
Bref, le parfait cocktail des cartes postales qu’on n’envoie plus…
Des petits coins de paradis qui imposent des contraintes : les plus accessibles sont souvent bondées en été, obligeant à limiter leur fréquentation et leur accès (parfois payant). Les plus sauvages ne sont accessibles qu’à pied, et la plage rose de Budelli est même interdite pour sauver son écosystème d’une détérioration programmée.
Recenser toutes les plages de Sardaigne serait titanesque, et l’on ne compte plus les sites Internet qui vantent les 10, les 15, les 20, les 50 plus belles…
Où que l’on soit, une plage magnifique n’est pas très loin.
Des eaux cristallines
Il est un usage assez répandu dans le monde de nommer les côtes selon la couleur de leurs eaux… La Sardaigne n’y déroge pas, et l’on trouve ainsi la Côte d’Émeraude (Costa Smeralda), entre l’archipel de la Maddalena et Olbia, et la Côte Verte (Costa Verde), au sud d’Oristano.
Bleues, vertes, turquoise, cobalt, émeraude, transparentes, limpides, cristallines… : partout les eaux invitent au plongeon, et les contrastes avec les couleurs de la végétation ou des roches avoisinantes sont saisissantes.
Pourquoi la mer est-elle bleue ?
Les couleurs ne sont pas réfractées de la même façon par l’eau. Si les couleurs comme le rouge, le jaune ou l’orangé sont immédiatement absorbées, le bleu ne l’est qu’à des profondeurs élevées (environ 90 mètres). C’est donc la première nuance qui saute aux yeux… Avec plus de 70 % de sa surface couverte par les océans, on comprend mieux pourquoi, vue du ciel, la terre est bleue (comme une orange…).
Mais la couleur de l’eau varie aussi en fonction de certaines de ses caractéristiques :
- sa pureté ;
- sa qualité ;
- sa température ;
- les minéraux qui la constituent (présence de phytoplancton) ;
- la profondeur et la nature des fonds marins (sédiments et matières organiques) ;
- les conditions météorologiques…
Des sables de rêve...
Avec plus de 1 800 kilomètres de côtes, les plages se comptent par centaines, très différentes mais presque toujours somptueuses.
Cette diversité naturelle s’explique par la richesse géologique de la Sardaigne.
Transportés par les cours d’eau puis brassés en mer par l’action des vagues, les grains de sable constitués conservent naturellement les caractéristiques des roches dont ils proviennent. Ils sont le résultat d’une érosion très lente, parfois sur plusieurs millions d’années.
Les roches de Sardaigne, parmi les plus anciennes d’Europe, sont granitiques au nord-est de l’île, calcaire à l’ouest, carbonifères au sud (présence de mines de charbon, aujourd’hui fermées), volcaniques dans l’ouest et le sud, métamorphiques un peu partout.
Au cours de ce phénomène d’érosion, seuls les sédiments les plus durs (souvent du quartz ou de la calcite) résistent pour former ces grains de sable… Mélangés à la sédimentation des coquillages ou coraux locaux, ils peuvent prendre des couleurs très variées qui vont dépendre également de beaucoup d’autres paramètres, comme la luminosité ambiante.
Cette diversité géologique explique que des plages aux sables si différents se côtoient ; souvent très fin, on en trouve du blanc immaculé (Porto Pino), du doré (plage de Su Giudeu, près de Chia) et même du rose (Budelli).
On trouve néanmoins quelques plages de sable plus grossier, plutôt cailloux que galets (Cala di Luna, célèbre pour ses grottes naturelles qui apportent de l’ombre).
Pour plus d’explications sur la coloration des sables, se référer à l’article de Bernard Valeur, physicochimiste : Les couleurs des plages de sable : blond, blanc … mais aussi orange, rouge, rose, vert, noir.
Une végétation qui flirte avec la mer
Sur certaines plages, seule une étroite bande de sable sépare la mer de la végétation locale : maquis méditerranéen, le plus souvent de petite taille, myrtes et autres fougères, parfois de jolies pelouses… Certaines plages offrent même une ombre inespérée sous la frondaison de pins d’Alep ou de pins parasols.
Quelques plages iconiques de la Sardaigne :
Petit tour de quelques plages typiques, sans prétention de comparaison, en partant du nord, et dans le sens des aiguilles d’une montre.
(Pour ouvrir la légende de la carte ci-contre, cliquer sur la petite flèche dans la fenêtre, en haut à gauche).
La Pelosa, à Stintino
À une trentaine de kilomètres de Porto-Torres, lieux d’embarquement des ferries pour la France, la plage de La Pelosa est voisine de Stintino, petit village de pêcheurs d’où partent les liaisons pour l’Asinara.
Plage étroite aux eaux limpides, elle s’étale au pied du Capo Falcone et fait face à la petite île de Piana, au sud de l’Asinara. Le maquis et les pelouses descendent en pente douce quasiment jusqu’au bord de l’eau.
En traversant la petite crique de la Pelosetta, on peut approcher la tour de guet arago-catalane, érigée en 1578 (la Sardaigne appartenait alors au royaume d’Aragon).
Depuis 2020, dans un souci de protection, sa fréquentation est limitée et payante (en été).
La plage rose, sur l'île de Budelli
La plage rose (Spiaggia Rosa), sur l’île de Budelli (sur la Côte d’émeraude), est l’une des très rares plages aux sables roses dans le monde. Sa couleur est due à la présence importante de micro-organismes (les Myriapora truncata, ou faux corail) dans les coquillages et les algues de posidonie.
Véritable attraction touristique depuis les années soixante, sa fréquentation — et l’ancrage massif des voiliers — menaça gravement son écosystème. Ayant constaté un recul inquiétant des posidonies et un début de disparition de la couleur rose du sable, le Parc national de l’archipel de La Maddalena, dont la plage rose fait partie, décida de sa fermeture définitive en 1998. Il n’est plus possible de l’admirer que depuis un point de vue situé sur un sentier pédestre, ou depuis le large, lors d’une excursion en bateau (l’approche est autorisée à 70 mètres environ de la plage).
L’unique habitant de l’île de Budelli est le gardien, Mauro Morandi. Un octogénaire amoureux de son environnement qui partage ses photos sur les réseaux sociaux.
Cala Goritze, à Baunei, une plage qui demande quelques efforts...
Presque aussi discrète et tout aussi réputée, la plage de Cala Goritze, dans le golfe d’Orosei, n’est accessible qu’en bateau, ou à pied après une bonne heure de randonnée.
Dans cette région montagneuse, l’Ogliastra, les plages de rêve sont enserrées dans des criques aux eaux turquoise et au sable (ou petits galets) très blanc (comme Cala Luna ou Cala Mariolu).
Cala Goritze a été décrétée Monument naturel italien en 1993.
Porto Giunco, à Villasimius, pour côtoyer les flamants roses
Les flamants roses d’Europe du Nord migrent en Afrique (et même de la Sibérie au Qatar). Certaines colonies font ainsi étape en Sardaigne, mais d’autres, plus sédentaires, profitent de la douceur du bassin méditerranéen, pour y vivre à l’année. C’est le cas en Camargue, mais aussi dans le sud de la Sardaigne, ainsi que dans les étangs de Cabras (province d’Oristano) et de San Teodoro (sur la Côte d’Émeraude), où seule l’espèce « Phoenicopterus roseus » est présente.
On les rencontre dans les lagunes, ces étendues d’eau peu profondes séparées de la mer par un cordon littoral. Par exemple sur l’étang de Notteri, derrière la plage de Porto Giunco, à Villasimius, et sur les étangs de Molentargius, derrière la plage de Poetto, à Cagliari.
La meilleure période pour les observer est l’hiver, période à laquelle les mâles, à la conquête d’une compagne, se lancent dans des parades nuptiales de toute beauté.
La couleur rose provient principalement des caroténoïdes présents dans leur alimentation, principalement des algues et des micro-organismes présents dans les eaux salées où ils se nourrissent. À la saison des amours, pour séduire, les mâles se « maquillent » en se léchant les plumes, qui virent au rose foncé, presque rouge.
Les femelles pondent au printemps et couvent une trentaine de jours.
Devenus un des symboles de l’île, les Sardes appellent les flamants roses « sa gente arrubia » (« le peuple rose »). En Sardaigne ils appartiennent tous à l’espèce « Phoenicopterus roseus », comme en Camargue.
La plage d'Is Arenas, à Porto Pino, pour ses dunes
Tout au sud, à Porto Pino, la plage d’Is Arenas offre un chapelet de deux kilomètres de dunes d’un sable très blanc. Ces dunes sont parmi les plus hautes d’Europe, certaines dépassant les 50 mètres de hauteur. Elles recèlent une flore et une faune très riches (tortues, lièvres, autruches…).
En remontant vers Oristano, sur la Costa Verde, on retrouve le même type d’écosystème à Piscinas, sur la commune d’Arbus. C’est un espace protégé (plusieurs kilomètres de dunes de sable doré) dans lequel on peut croiser le cerf sarde.
Is Benas, à San Vero Milis, plage naturiste
Officiellement interdit jusqu’en 2017, et même sanctionné par de très lourdes amendes, le naturisme est aujourd’hui autorisé sur certaines portions de plages. Grâce à l’action de l’association A.N.ITA. (Association Naturiste ITAlienne), quatre plages ont depuis réservé aux visiteurs un espace pour bronzer en tenue d’Adam et Ève. Les dernières en date, à l’été 2022, sont les plages d’Is Benas, à San Vero Milis, et de Feraxi, à Muravera.
Si la population sarde n’était pas spontanément unanime à accepter la nudité sur ses plages, la bonne réputation des naturistes, généralement très respectueux de l’environnement, semble lever les dernières appréhensions des farouches défenseurs du textile…
Un sable qui vaut de l'or...
En France le Code de l’environnement interdit le prélèvement des sables et galets sur les plages. Une tolérance est néanmoins accordée pour des quantités de l’ordre de l’échantillon, notamment pour les arénophiles (collectionneurs de sables), excepté sur certains sites très protégés (Étretat, île de Groix).
Mais en Sardaigne de nombreuses plages ont fait l’objet de prélèvements sauvages et massifs, surtout par des touristes désireux d’embellir leur aquarium ou de revendre le sable sur Internet. Ces vols ont pris des proportions telles que des collectifs de protecteurs de l’environnement se sont créés, jusqu’à mobiliser des civils qui agissent en tant que « gardiens du sable », comme dans la ville de Cabras.
Cette mobilisation des Sardes pour protéger leur environnement est relayée sur les réseaux sociaux par la page Facebook Sardegna Rubata e Depredata (Sardaigne volée et pillée).
La médiatisation récente des fortes amendes (jusqu’à plusieurs milliers d’euros) infligées à des touristes pris la main dans le sac en train de quitter l’île avec des quantités importantes de sables laissent supposer que ces pillages font dorénavant partie de l’histoire ancienne…
Mais aussi...
Des photos splendides de nombreuses plages de Sardaigne, sur le photoblog de Micchela Peddis : https://www.facebook.com/MichelaPeddisPhotoBlog/photos