Asinara, de l'enfer au paradis

Aujourd’hui, l’île d’Asinara est un paradis. Parc national depuis 1997 et réserve marine depuis 2002, ce lambeau de terre sauvage, isolé au nord-ouest de la Sardaigne, est l’un des espaces naturels les mieux préservés de Méditerranée. Ses eaux translucides, ses plages désertes et ses ânes albinos qui errent librement parmi le maquis sont autant d’images d’une nature rendue à elle-même, loin de toute urbanisation, loin du tumulte du monde.

Mais sous cette beauté apaisante se cache une autre histoire, sombre, violente, longtemps oubliée. Entre l’hiver 1915 et l’été 1916, l’île d’Asinara fut le théâtre de l’une des tragédies humanitaires les moins connues de la Première Guerre mondiale. Près de 24 000 soldats austro-hongrois, survivants d’une retraite qui restera dans les mémoires comme l’une des plus meurtrières de la Grande Guerre, furent débarqués sur cette île isolée, ravagés par le choléra, la faim, le typhus et le désespoir. Environ 7 000 d’entre eux n’en repartirent jamais. Leurs os reposent aujourd’hui dans un ossuaire, sur cette île paradisiaque devenue leur tombeau.

Comprendre cette histoire, c’est regarder en face le revers obscur d’une île que la nature a faite pour la beauté et que les hommes ont transformée, le temps d’une guerre, en mouroir.

Sommaire

    L’effondrement de la Serbie et la marche vers l’Adriatique

    Pour comprendre comment des dizaines de milliers de soldats austro-hongrois se sont retrouvés prisonniers sur une île sarde, il faut remonter à l’automne 1915, à l’un des moments les plus dramatiques du conflit sur le front balkanique.

    Depuis 1914, la Serbie résiste. Malgré une infériorité numérique flagrante, l’armée serbe a repoussé trois offensives austro-hongroises successives, infligeant à l’ennemi des pertes considérables. Mais en octobre 1915, la donne change radicalement. La Bulgarie, attirée par les promesses territoriales des Empires centraux, entre en guerre aux côtés de l’Autriche-Hongrie et de l’Allemagne. C’est désormais une coalition de 500 000 soldats qui se lance contre 250 000 Serbes déjà épuisés par deux ans de combats et décimés par les épidémies – notamment le typhus, qui avait tué 150 000 personnes en Serbie au cours de l’hiver précédent.

    La défaite est inévitable. Après la chute de Belgrade et la bataille dit du « Chant du Merle », au Kosovo, l’armée serbe se retrouve encerclée, dos aux montagnes albanaises. Le gouvernement serbe, en accord avec les alliés français et britanniques, prend une décision aussi tragique que stratégiquement nécessaire : plutôt que de capituler et de voir l’État serbe disparaître, il ordonne la retraite à travers les Alpes albanaises vers la côte adriatique. Il s’agit de préserver coûte que coûte l’armée pour continuer le combat depuis l’étranger.

    Cette retraite, connue sous le nom de « Grande Retraite Serbe » ou « Retraite d’Albanie », est l’une des épopées les plus terribles de la Grande Guerre, quasiment absente de la mémoire historique occidentale. Dans un froid glacial, sous la neige et les tempêtes alpestres, sans ravitaillement suffisant, l’armée serbe, ses civils et ses 70 000 prisonniers austro-hongrois capturés lors des offensives précédentes traversent des cols à plus de 2 000 mètres d’altitude. Les soldats tombent par milliers, de froid, d’épuisement, de faim, de maladie. Les prisonniers, déjà affaiblis, sont les plus vulnérables. Sur les 70 000 prisonniers de guerre qui prennent le départ, seuls 27 000 atteignent vivants le port albanais de Vlorë (Valona). Les 43 000 autres ont péri dans les montagnes.

    À Vlorë, c’est l’Italie qui prend en charge les survivants. Les 27 000 prisonniers austro-hongrois encore en vie sont placés sous la responsabilité du gouvernement italien – « en gage devant les nombreux Italiens emprisonnés en Autriche », selon les documents officiels de l’époque. Il fallait les évacuer en urgence, les éloigner du continent, les mettre en quarantaine. L’île d’Asinara, déjà dotée d’une station sanitaire maritime et d’une colonie pénitentiaire, semble toute désignée.

    L’île-prison : une traversée entre vie et mort

    Au moment de la guerre, l’île d’Asinara n’était pas vierge de toute institution. Depuis 1885, ses habitants – familles de bergers et de pêcheurs – avaient été chassés de force vers d’autres régions de Sardaigne. Sur l’Asinara, on avait juste établi une station sanitaire maritime, à Cala Reale, et une colonie pénitentiaire agricole, à Cala d’Oliva. L’île était donc déjà, dans une certaine mesure, un lieu d’enfermement et d’isolement. Sur le rivage en face de l’île, quarante-cinq familles de pêcheurs de Cala d’Oliva étaient partis fonder le village de Stintino.

    C’est donc vers cette petite île de l’Asinara que convergent, à partir du 18 décembre 1915, seize navires à vapeur transportant les prisonniers austro-hongrois : douze bateaux italiens, trois français, et un britannique. En deux semaines, du 16 au 30 décembre, plus de 21 000 hommes sont embarqués à Vlorë dans des conditions catastrophiques. Les navires sont surchargés, certains transportant le double de leur capacité normale. Les prisonniers, entassés dans les cales, sont déjà porteurs des maladies contractées pendant la retraite : dysenterie, typhus exanthématique, néphrite, tuberculose, et surtout le choléra, la plus foudroyante de toutes.

    La traversée est un enfer. Les épidémies, déjà présentes à l’embarquement, explosent à bord. Sur le seul Duca di Genova, 199 prisonniers meurent en une seule journée – le 27 décembre 1915 – principalement du choléra. Les corps sont jetés à la mer, ainsi que les matelas infectés. Ce fait provoque une vive protestation du maire de Porto Torres, qui signale des cadavres échoués sur les plages sardes. La pêche est interdite sur toute la côte nord de la Sardaigne, créant des tensions durables entre les militaires et les populations locales, qui vivent de la mer.

    À leur arrivée devant Asinara, les navires doivent souvent attendre plusieurs jours au mouillage : les installations sur l’île ne sont pas prêtes. Le paquebot America attend dix jours avant de pouvoir débarquer ses prisonniers. Pendant ce temps, les hommes meurent dans les cales. Selon les rapports officiels, 1 527 prisonniers décèdent à bord des navires pendant leur attente en rade, principalement du choléra. Le ministère de la Marine comptabilisera 1 291 morts par choléra sur les seuls navires Duca di Genova et Re Vittorio.

    Finalement, entre le 18 décembre 1915 et le 8 mars 1916, 23 854 prisonniers sont embarqués depuis Vlorë, dont 23 339 débarquent sur l’île d’Asinara. L’écart – plus de 500 hommes – représente ceux qui ont péri pendant la traversée.

    L’enfer sur l’île : choléra, faim et désespoir

    L’accueil sur l’île est à la mesure du chaos qui a précédé. Les instructions du ministère de l’Intérieur, qui annonçaient l’arrivée « progressive » des prisonniers, n’ont pas préparé les autorités locales à recevoir 24 000 hommes en quelques jours. Les bâtiments préexistants ne peuvent accueillir que 800 personnes. Tout le reste doit être improvisé.

    Les prisonniers sont répartis en quatre camps, selon leur état de santé. Cala Reale reçoit ceux dont les navires n’ont pas signalé de cas de choléra. Fornelli et Tumbarino accueillent les malades les plus graves. Stretti reçoit les débarquements suivants. Le camp de Fornelli est rapidement surnommé « le camp de la mort » : difficile d’accès, difficile à ravitailler, il est confié à vingt médecins militaires impériaux sans médicaments suffisants, sans eau, sans nourriture en quantité.

    Les tentes modèles « Bucciantini » et « Roma » sont montées dans la précipitation, sur un terrain accidenté, souvent dans le désordre. Elles sont conçues pour quatre personnes ; on y entasse jusqu’à six ou sept hommes, dans des vêtements sales et en lambeaux – les mêmes qu’ils portent depuis leur départ de Serbie. Le vent sarde d’hiver – mistral, tramontane – arrache les toiles. Les températures nocturnes sont glaciales. Il n’est pas rare que des soldats se glissent sous les tentes pour voler les vêtements des mourants.

    Cette foule de captifs n’avait rien à voir avec des militaires : c’étaient des hommes souffrants, le cœur brisé, à moitié nus, couverts de plaies, incrustés de boue jusqu’à la taille, épuisés par le long jeûne et par cinquante-trois jours de mortelle marche entre gorges et montagnes, épuisés par les nuits passées sous le vent, sous la pluie, sous la neige (rapport officiel, décembre 1915).

    Le choléra se répand avec une rapidité foudroyante. La maladie – causée par le vibrion cholérique, qui se transmet par l’eau et les aliments contaminés – trouve dans l’île toutes les conditions favorables à sa propagation : surpopulation, absence d’eau potable suffisante, manque d’installations sanitaires, affaiblissement extrême des organismes. Un décalogue de règles sanitaires avait été élaboré par la Direction générale de la santé publique italienne pour encadrer l’embarquement et le débarquement des prisonniers – désinfection, quarantaine, vaccination –, mais ces consignes n’ont, pour la plupart, jamais été respectées, ou ne sont pas parvenues à temps à tous les commandants de navires.

    Les médecins sur l’île tentent de soigner les malades avec les moyens du bord. Les prisonniers atteints de choléra reçoivent des acides pour les boissons, comme du jus de citron, des toniques cardiaques, des injections d’huile camphrée, de la caféine, et de l’alcool : cognac, eau-de-vie, marsala, rhum, vernaccia locale. Des opiacés, comme le laudanum liquide, sont utilisés pour calmer les souffrances. C’est peu face à la brutalité de la maladie.

    La faim aggrave encore la situation. Pendant tout le mois de décembre, la troupe ne reçoit qu’une fois par jour de la nourriture sèche : trois biscuits et une boîte de viande. L’eau est rare – les sources naturelles de l’île sont insuffisantes, et les pétroliers chargés d’en amener depuis Porto Torres et Civitavecchia ne peuvent pas toujours naviguer en hiver. Des prisonniers meurent après avoir ingéré « l’oignon sarde », un tubercule sauvage poussant sur l’île, mais toxique. D’autres se battent entre eux pour une miche de pain, ou dissimulent la mort de leurs camarades pour continuer à percevoir leur ration.

    Les vaccinations anticholériques ne commencent qu’à partir du 11 février 1916, soit plusieurs semaines après l’arrivée des premiers prisonniers. L’épidémie de choléra s’arrête finalement dans la première quinzaine de février. Mais elle a fait des ravages. Au total, environ 7 000 prisonniers austro-hongrois sont morts sur l’île ou à son approche, victimes du choléra, du typhus, de la dysenterie, de la tuberculose ou simplement de l’épuisement.

    Vivre enfermé : entre survie et résistance à l’oubli

    Passé le pic de la crise sanitaire, à partir de février 1916, la vie dans les camps prend une forme différente – toujours dure, mais moins immédiatement mortelle. Les autorités italiennes entreprennent des travaux d’infrastructure : des réservoirs d’eau en béton armé, des jetées en bois pour faciliter le ravitaillement par mer, des abattoirs, des cuisines collectives, des lavoirs, des latrines, des fours, des casernes en bois, et des routes reliant les différents camps. L’organisation s’améliore.

    Les prisonniers sont répartis par nationalités, pour éviter les frictions entre les nombreuses ethnies de l’empire austro-hongrois. Car l’armée impériale et royale est un microcosme de la diversité austro-hongroise : Tchèques, Allemands d’Autriche, Croates, Roumains, Dalmates, Hongrois, Serbes, Polonais de Galicie. Les rues et les quartiers des camps reçoivent des noms de nationalités, ou le nom des vapeurs qui ont transporté les prisonniers – « Sinaj », « Arménie », « Dante »…

    Pour lutter contre ce que les contemporains appellent la « maladie de la clôture » (la dépression profonde causée par l’enfermement, l’isolement et l’incertitude), les prisonniers développent des activités. Des journaux de camp sont publiés. Des cours d’italien sont organisés. Des ateliers de travail du bois et de la terre cuite voient le jour. Des exercices de gymnastique sont pratiqués. Certains prisonniers sont employés à des travaux extérieurs, comme couper les broussailles du maquis ou réguler le cours d’une rivière. Un témoignage du prisonnier Josef Robinau, envoyé travailler en dehors de l’île, décrit un labeur épuisant, sans petit-déjeuner le matin, avec pour seul déjeuner vingt-cinq macaronis et un litre d’eau.

    L’expression artistique et religieuse joue un rôle particulier dans cette survie de l’âme. Des prisonniers construisent de leurs mains une chapelle à Cala Reale, d’abord en bois et toile, puis en pierre et béton. Ils l’ornent de bas-reliefs, d’une mosaïque de pierres noires et blanches, et de deux statues représentant les saints sardes Efisio et Gavino, sculptées par le prisonnier-artiste Georg Vemess. Cette chapelle, qui existe encore aujourd’hui sur l’île, est l’un des témoignages les plus poignants de cette période : un acte de beauté au milieu de la misère.

    À quelques pas de la chapelle austro-hongroise, un petit cimetière reçoit les corps des soldats italiens (gardes, médecins, personnel administratif), morts des mêmes maladies sur l’île. Séparés dans la vie comme dans la mort, les prisonniers et leurs geôliers partagent pourtant le même sol, victimes du même désastre sanitaire.

    Prison Asinara
    Prison Asinara

    L’épilogue et la mémoire : 7 048 os dans un ossuaire de granit

    En juillet 1916, alors que l’épidémie est enrayée et que les conditions de vie se sont améliorées, la grande majorité des prisonniers quittent l’île. Le vapeur français La Seine transfère 16 262 prisonniers austro-hongrois vers la France à bord, en cinq rotations successives. Le départ donne lieu à une scène saisissante, rapportée par les témoignages de l’époque.

    Au moment où nous allons quitter la terre amie d’Italie, terre bénie par nos parents, par nos femmes et par nos enfants, parce que c’était notre salut, crions : Vive l’Italie ! (un prisonnier austro-hongrois, place de Cala Reale, 17 juillet 1916).

    Ce cri – « Vive l’Italie ! » – lancé par 1 200 hommes en rangs sur la place de Cala Reale, casquettes à la main, est à la fois touchant et vertigineux. Ces hommes partent pour une nouvelle captivité en France, vers l’inconnu d’une guerre qui n’est pas encore terminée. Mais ils ont survécu à l’Asinara. Et ils appellent « terre amie » l’île qui a vu mourir tant des leurs.

    Le camp ne s’arrête pas avec leur départ. Une nouvelle page s’ouvre : 7 200 anciens prisonniers russes de l’armée impériale, capturés lors des dernières offensives de novembre 1918, arrivent à leur tour sur l’île. Des négociations complexes s’engagent pour leur avenir : 1 500 d’entre eux s’embarquent pour la Russie afin de rejoindre l’Armée blanche dans la guerre civile ; d’autres rentrent progressivement dans le cadre d’échanges de prisonniers ; une poignée reste en Italie. L’île continue, jusqu’au début des années 1920, d’être un lieu de transit pour les hommes que les guerres ont rendus apatrides.

    Ceux qui ne sont jamais repartis reposaient, dans un premier temps, dans des fosses communes dispersées sur l’île. Ce n’est qu’en 1931 qu’une loi autorise la construction d’un ossuaire permanent. Inauguré en 1936, à la demande du gouvernement autrichien, l’édifice est situé sur les pentes orientales du Monte Ruda, au centre de l’archipel. D’architecture dépouillée et sévère, il est orné de quatre croix latines et de l’inscription « PAX – OSSARIO A U ». À l’intérieur, dix-huit vitrines en verre contiennent les ossements blanchis à la chaux de 7 048 soldats. Trois tableaux représentant la Vierge, saint Étienne et saint Joseph regardent ces restes silencieux.

    Sept mille quarante-huit. Ce chiffre mérite que l’on s’y arrête. Pour donner une échelle, c’est plus que le nombre de soldats français morts lors de la bataille de Sedan en 1870. C’est plus que le nombre de victimes civiles de certains bombardements de la Seconde Guerre mondiale sur des villes moyennes. Et pourtant, cette tragédie est presque totalement absente des mémoires collectives françaises, italiennes, ou même autrichiennes. Elle reste largement méconnue, enfouie dans les archives et les études spécialisées.

    Le paradis sur les cendres : Asinara aujourd’hui

    Après la Première Guerre mondiale, l’île d’Asinara continue d’être un lieu d’enfermement. La colonie pénitentiaire, interrompue pendant le conflit, reprend et s’étend. Dans les années 1970, l’île devient l’une des prisons de haute sécurité les plus redoutées d’Italie, accueillant les détenus les plus dangereux – notamment des membres des Brigades Rouges et des chefs mafieux – dans un isolement renforcé par la mer et par la surveillance constante. C’est dans ce contexte que les négociations secrètes entre le gouvernement italien et les ravisseurs d’Aldo Moro se dérouleront partiellement : une autre page sombre d’une île décidément marquée par l’histoire.

    La fermeture définitive de la prison, en 1997, et la création concomitante du parc national, opèrent une métamorphose radicale. L’île est rendue à la nature. Les gardes s’en vont, les barbelés rouillent, le maquis reprend ses droits. Les ânes qui avaient été introduits comme animaux de travail restent, se reproduisent, développent progressivement leur célèbre pigmentation albinos. Des chevaux sauvages, des cerfs de Sardaigne, des mouflons, des faucons pèlerins colonisent librement l’espace.

    Aujourd’hui, on ne peut accéder à Asinara qu’en bateau depuis les ports voisins, Porto Torres ou Stintino – précisément ce village fondé par les pêcheurs expulsés de l’île en 1885. On y plonge dans des eaux d’une clarté exceptionnelle. On y photographie les ânes blancs qui broutent entre les ruines des anciens bâtiments pénitentiaires.

    Asinara : ânes albinos

    La chapelle austro-hongroise de Cala Reale est encore là, silencieuse parmi les herbes hautes. Ses bas-reliefs s’effritent doucement, les statues de saints sculptées par le prisonnier Georg Vemess ont succombé aux alternances climatiques. Les anciens camps sont devenus des ruines envahies par la végétation. Il faut les chercher pour les trouver.

    C’est peut-être là le destin particulier d’Asinara : être un lieu où la beauté recouvre sans l’effacer une blessure profonde de l’histoire. Sous chaque plage immaculée, il y a ces hivers de 1915 et 1916, ces milliers d’hommes qui se trainaient « courbés sur l’escarpement », ces navires remplis de mourants qui attendaient au mouillage dans la baie tranquille. Il y a ces 7 048 ossements rangés dans des vitrines de verre, portant chacun le nom d’un homme, d’une famille, d’un pays qui a vu ses fils mourir dans des montagnes albanaises avant de s’éteindre sur une île sarde.

    La paix, mais à quel prix…

    Visiter Asinara sans connaître son histoire, c’est ne voir qu’une moitié de l’île. La plus belle, certes, mais la moins honnête. Les paradis ont souvent des fondations que l’on préfère ne pas regarder trop attentivement. Asinara ne fait pas exception.

    L’ossuaire de Porto Torres, avec son inscription sobre « PAX », est peut-être l’endroit le plus juste pour commencer une visite. Avant de monter à bord du bateau qui mène vers les eaux claires, avant de chercher les ânes blancs dans le maquis, il vaut la peine de s’arrêter devant ces dix-huit vitrines et de penser à ce que cette île a gagné : la paix, certes, mais à quel prix.

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